La médecine arabe (Ibn al-Baytar, XIIIe siècle) rapporte que le thym purifie l'estomac et le foie, lutte contre les coliques et les affections de la bouche et de la gorge, fortifie les reins et stimule la copulation.
Sainte Hildegarde (XIIe siècle) l'indique contre la lèpre, la paralysie et les poux. Au XIXe siècle, on l'emploie comme stimulant, à la fois pour renforcer les actions digestives mais aussi contre la fatigue nerveuse.
Fournier (XXe siècle) résume ses actions : tonique, stomachique, pectorale, antispasmodique et emménagogue.
L'infusion est conseillée par voie orale dans la coqueluche et les bronchites chroniques ainsi qu'en compresse contre les enflures et les douleurs rhumatismales. On le propose en bain thérapeutique comme tonique. Les gens le placent aussi dans les armoires pour éloigner les insectes.
En aromathérapie, l'huile essentielle est traditionnellement utilisée dans les affections intestinales et urinaires, comme stimulant et contre les vers. Valnet (XXe siècle) la recommande dans les affections pulmonaires et intestinales, dans les toux de la coqueluche et dans les parasitoses intestinales comme les ascaris, les taenias et les oxyures.
Le thym est aussi un aromate très apprécié depuis l'Antiquité.
Le thym est originaire d'Europe et des zones méridionales. Plante aromatique par excellence, condimentaire et médicinale, l'utilisation du thym remonte à la nuit des temps. Dans la Grèce Antique, on brûlait le thym en guise d'encens devant les autels des dieux. Les Egyptiens confectionnaient des onguents avec du thym pour embaumer les morts. Au moyen Age, les sorcières réalisaient des philtres d'amour avec cette plante. Enfin, le thym est bien ancré des les « moeurs culinaires » provençale : herbes de Provence, bouquet garni, plat en sauce, grillades, liqueur de thym.
Dans l'Antiquité, on le brûlait pour assainir l'air, parfumer l'eau et éloigner les pathogènes, mais il pouvait aussi servir à redonner de la vigueur aux soldats et du courage aux chevaliers. Aujourd'hui, la communauté scientifique s'accorde à allouer ses vertus à sa richesse en thymol, une molécule fréquemment utilisée pour fabriquer des savons et des produits cosmétiques. Il compte parmi les traitements naturels les plus recommandés contre la toux et les infections respiratoires.
Bien plus souvent présent dans la cuisine que dans l’armoire à pharmacie, le thym est une de ces plantes au passé lointain, comme on en compte tant tout autour de la Méditerranée. Même si son caractère sacré ne saute pas immédiatement aux yeux, contrairement à la sauge et au romarin, il n’en demeure pas moins que d’illustres Anciens ont eu affaire à lui.
L’étymologie, tout d’abord, va nous offrir quelques indices intéressants auxquels on peut rattacher le thym :
Aujourd’hui, le mot thym, stabilisé sous cette forme depuis le XIII ème siècle, semble, pour certains de nos contemporains, avoir une relation avec la glande que l’on nomme thymus. L’on sait que les anciens Grecs localisaient l’âme dans cet organe.
Antiquité égyptienne :
Cette plante était utilisée en compagnie d’autres (sarriette, oliban, myrrhe, etc.) afin de procéder au rituel de la momification. Pour faire un parallèle, aujourd’hui, on utilise thym et sarriette comme correctifs des gibiers faisandés. Antiseptique et antibactérien, le thym stoppe la prolifération bactérienne et permet une meilleure conservation des momies dont un certain nombre sont parvenues jusqu’à nous. C’est là une preuve de la connaissance des Égyptiens en la matière. Au-delà du parfum des plantes utilisées pour l’embaumement (plantes dont on a appris ensuite à extraire l’huile essentielle qu’elles contiennent), il y avait donc bien une connaissance pointue des propriétés médicales de la part des embaumeurs. Une huile essentielle ne camoufle pas une mauvaise odeur à l’aide de son parfum, elle la détruit. L’on sait depuis que nombre de mauvaises odeurs sont issues de la dégradation de matière organique.
Antiquité gréco-romaine :
Durant une période de près de 1 000 ans, on trouve de nombreuses traces des emplois du thym, comme condimentaire, mais surtout médical. Chez Hippocrate tout d’abord, puis Théophraste qui distinguait un thym blanc médicinal et un thym noir capable de corrompre l’organisme et de susciter la bile (la mélancolie). Ces dénominations renvoient au fait que les Anciens prenaient très souvent en compte ce type de signatures. Par exemple, il en allait de même pour la jusquiame. Parfois, c’était d’autres types de caractéristiques qui attribuaient à une même plante des sexes différents. C’est ainsi qu’on a longtemps pensé qu’il existait des mandragores mâles et d’autres femelles. Dioscoride et Pline reprennent ensuite cette nomenclature mais fournissent des annotations en rapport avec les propriétés du thym (antitussif, expectorant, fluidifiant sanguin, tonique gastro-intestinal). Pline est peut-être le premier à mentionner le pouvoir échauffant du thym. Galien indique le thym pour faciliter l’accouchement, alors que, plus tard, au V ème siècle, un médecin grec du nom d’Aetius mentionne des informations très pertinentes sur l’action du thym sur le psychisme : il le prescrit à ceux qui ont l’esprit troublé, aux colériques et aux mélancoliques. Nous verrons plus loin en quoi les observations des Anciens étaient pleines de bon sens, mais pas avant d’avoir indiqué comment Grecs et Romains employaient le thym : en bain revigorant, par fumigation sèche pour purifier l’air, en cataplasme, en onction et massage…
Moyen-Âge :
Le thym est répandu en-dehors de sa région natale sous l’action des moines au XI ème siècle. Cette introduction tardive explique son absence au sein du Capitulaire de Villis. Mais il n’aura pas échappé à Albert le Grand et à Hildegarde de Bingen surtout. Cette dernière avait bien perçu son caractère : « le thym, si on lui ajoute d’autres bonnes herbes et condiments, enlève les putréfactions des maladies grâce à sa chaleur et à sa force », à condition de bien le canaliser. Antiputride donc, le thym était employé par l’abbesse contre les ulcères, la lèpre, les « humeurs mauvaises », les douleurs articulaires et musculaires, les poux… Tout comme les Grecs et les Romains, elle faisait usage du thym sous forme de bain médicinal, fort prisé au Moyen-Âge, mais aussi en emplâtres et décoctions.
Renaissance et période moderne :
Si Matthiole fait presque l’impasse sur le thym, on retrouve celui-ci dans le baume opodeldoch de Paracelse (1541) puis, plus tard, dans celui qualifié de « tranquille » (fin XVII ème environ). À la même époque, l’on sait que Louis XIV l’employait contre les rages de dents dont il était affecté, puis sous la plume de Nicolas Lémery qui indique à son sujet qu’il est un tonique cérébral, un digestif, un antitoxique, enfin, comme Galien, qu’il est apte à favoriser l’accouchement.
Connue depuis le XVI ème siècle au moins, l’huile essentielle de thym délivre peu à peu ses secrets. L’un de ses principes actifs, le thymol, est mis en évidence dès 1719. Mais c’est surtout à l’aube du XX ème siècle que tout s’accélère. Cette huile a été étudiée en 1887 par Chamberland qui démontrera l’action bactéricide de cette essence sur le bacille du charbon. En 1889, ce sont Cadéac et Meunier qui mettent la main à la pâte en effectuant des travaux sur la question de l’action de l’huile essentielle de thym sur le bacille de la typhoïde. En 1894, Mequel montre les capacités bactéricides des vapeurs de thym. En 1921-1922, c’est au tour de Morel et de Rochaix de mettre en évidence d’autres actions sur le méningocoque, le bacille d’Eberth, le bacille diphtérique et le staphylocoque.
Dans les années 1930, le docteur Henri Leclerc, dans son Précis de phytothérapie, reprendra les antiques prescriptions des Anciens, en écrivant, entre autres, que le thym favorise le relèvement des forces physiques et morales. Puis le thym n’aura de cesse d’être évoqué par les auteurs modernes (Fournier, Valnet, Bardeau, Franchomme, Faucon…) pour arriver jusqu’à nous aujourd’hui après un périple multimillénaire.
Plante médicinale et culinaire, le thym (Thymus vulgaris) pousse partout en région méditerranéenne, où il fait l’objet d’une culture intensive. Ce sont les feuilles séchées et les fleurs qui renferment les principes actifs, notamment des huiles essentielles.
Le thym est traditionnellement utilisé pour favoriser la digestion, pour lutter contre les ballonnements et les flatulences, ainsi que pour dégager les voies respiratoires et apaiser la toux en cas de rhume ou de bronchite.
La phytothérapie traditionnelle utilise également les plantes suivantes pour soulager les symptômes de bronchite :
L’Agence européenne du médicament considère le thym « d’un usage traditionnel comme expectorant, contre la toux et lors de rhume ». Elle recommande d’en réserver l’usage aux adultes et aux enfants de plus de douze ans.
De plus, elle considère que les mélanges feuilles de thym / racine de primevère (Primula veris ou P. elatior) peuvent se prévaloir soit « d’un usage médicalement bien établi contre la toux » (dans le cas des propriétés expectorantes des produits ayant reçu une autorisation de mise sur le marché - AMM), soit d’un « usage traditionnel contre la toux associée au rhume » lorsqu’il s’agit de produits sans AMM.
Les produits à base de thym et de primevère ayant reçu une AMM sont réservés aux adultes.
L’Organisation mondiale de la santé reconnaît l’usage du thym « contre les dyspepsies (digestion difficile) et autres désordres gastro-intestinaux, contre la toux lors de rhume ou bronchites, et en gargarisme contre les laryngites et l’inflammation des amygdales ». En application locale, les propriétés antiseptiques et cicatrisantes du thym sont mentionnées, sur les plaies superficielles de la peau et contre les irritations de la bouche.
La Commission E du ministère de la Santé allemand reconnaît l’usage du thym dans « les bronchites et les toux productives (qui produisent du mucus), ainsi que lors de rhumes ».
La Coopération scientifique européenne en phytothérapie reconnaît l’usage du thym « dans les catarrhes des voies aériennes supérieures, comme un traitement complémentaire dans le traitement de la coqueluche, et pour soulager les irritations de la bouche et la mauvaise haleine ».
La posologie habituelle est de 1 à 2 g de plante séchée par tasse d’eau bouillante, en infusion, plusieurs fois par jour, ou l’équivalent en herbe fraîche. Pour la prise en extrait liquide (sirop), la posologie est calculée en fonction de la concentration en principes actifs.
Une tisane de thym ou une goutte d’huile essentielle diluée dans un bol d’eau chaude peuvent également être utilisées en inhalation pour dégager les voies respiratoires. Des infusions plus concentrées (5 g de plante sèche pour 100 ml d’eau) sont employées en gargarisme ou en bain de bouche.
Les mélanges feuilles de thym / racine de primevère sont à utiliser selon les recommandations de la notice du produit.